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Aimer à crédit ou à l’œil

(France, 1907) : Jouir des faveurs d’une femme sans bourse délier, comme le font les Arthurs.

Américain (œil)

(Larchey, 1865) : Œil investigateur. — L’origine du mot est dans la vogue des romans de Cooper et dans la vue perçante qu’il prête aux sauvages de l’Amérique.

Ai-je dans la figure un trait qui vous déplaise, que vous me faites l’œil américain ?

Balzac.

J’ai l’œil américain, je ne me trompe jamais.

Montépin.

Œil américain : œil séducteur.

L’œillade américaine est grosse de promesses, elle promet l’or du Pérou, elle promet un cœur non moins vierge que les forêts vierges de l’Amérique, elle promet une ardeur amoureuse de soixante degrés Réaumur.

Ed. Lemoine.

(Rigaud, 1881) : Œil auquel rien n’échappe. Dans une ronde des bagnes, on parle de cet œil américain qui fait le succès des charrieurs.

Pour être un voleur aigrefin il faut un œil américain. Pour détrousser un citadin, Ah ! vive un œil américain.

(Léon Paillet, Voleurs et Volés.)

(Rigaud, 1881) : Œil fascinateur. Dans le monde de la galanterie, longtemps l’Américain a passé pour avoir le double mérite de posséder de l’argent et d’être généreux. Lorsqu’un homme paraissait réunir les conditions de générosité requises, il ne manquait pas de plaire à ces dames qui lui trouvaient l’œil américain.

Oh ! voilà deux petites femmes qui s’arrêtent… Elles s’asseyent devant nous… La brune me fait un œil américain.

(Paul de Kock, Le Sentier aux prunes.)

Aujourd’hui, quand une femme dit à une autre : un tel a l’œil américain, traduisez : Méfie-toi, ou méfions-nous, c’est un floueur. Elles en ont tant vu de toutes les couleurs et de tous les pays, qu’elles ne croient plus ni aux Russes, ni aux Américains.

Anchois (œil bordé d’)

(Larchey, 1865) : Œil aux paupières rougies et dépourvues de cils.

Je veux avoir ta femme — Tu ne l’auras pas. — Je l’aurai, et tu prendras ma guenon aux yeux bordés d’anchois.

Vidal. 1833.

Avoir l’œil

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Ne rien payer.

Avoir le compas dans l’œil

(Delvau, 1867) : v. a. Voir juste ; calculer exactement ; apprécier sainement.

Avoir un œil à la coque

(Rossignol, 1901) : Paupière noire par suite d’un coup.

Baiser à l’œil

(Delvau, 1864) : Ne rien payer pour jouir d’une femme galante, comme font les greluchons.

Quand on est jeune on doit baiser à l’œil ;
À soixante ans la chose est chère et rare ;
Aux pauvres vieux l’amour devient avare.

(Chanson d’étudiants.)

Battre de l’œil

(Rigaud, 1881) : Agoniser.

(France, 1907) : Mourir.

Battre l’œil (s’en)

(Delvau, 1867) : Se moquer d’une chose, — dans l’argot des faubouriens. L’expression a une centaine d’années, ce qui étonnera certainement beaucoup de gens, à commencer par ceux qui l’emploient. On dit aussi, dans le même argot, S’en battre les fesses, — une expression contemporaine de la précédente.

(Rigaud, 1881) : S’en moquer.

(France, 1907) : S’en moquer.

— Eh bien !… Je m’en moque ; parbleu ! Je n’épouse pas une vierge. Après tout, qu’elle ait eu pour mari un âne crapuleux comme le défunt thaumaturge ou le bon prince… ou tous les deux à la fois, je m’en bats l’œil!… Elle est comme toutes les autres, ni meilleure, ni pire ; ce n’est pas à vous autres chrétiens de venir nous vanter la chasteté de vos femmes !

(Michel Delines, La Chasse aux Juifs.)

Beurre noir (œil au)

(Rigaud, 1881) : Œil poché. Allusion à la couleur d’un œuf au beurre noir.

Bois au-dessus de l’œil-jard

(Halbert, 1849) : Savoir et entendre l’argot.

Bouche l’œil

(Rigaud, 1881) : Gratification. Promesse de gratification sous forme d’une pièce d’or ou d’argent placée sur l’œil en guise de monocle, — dans le jargon des filles.

Bouche-l’œil

(France, 1907) : Pièce d’or ou d’argent ; argot des filles et des souteneurs.

Cardeuil (quart d’œil)

(Clémens, 1840) : Commissaire.

Cart-d’œil

(un détenu, 1846) : Commissaire de police.

Chier sur l’œil

(Delvau, 1867) : v. n. Se moquer tout à fait de quelqu’un.

Compas (l’avoir dans l’œil)

(Virmaître, 1894) : Ouvrier qui a le coup d’œil juste, qui réussit une pièce d’un coup comme s’il avait pris ses mesures avec un compas (Argot du peuple). N.

Compas dans l’œil (avoir le)

(Rigaud, 1881) : Avoir le coup d’œil juste.

Courant d’air dans l’œil (se fourrer un)

(Rigaud, 1881) : S’illusionner, se tromper grossièrement. C’est une forme nouvelle de : Se fourrer le doigt dans l’œil.

Crever l’œil

(Delvau, 1864) : Introduire le membre viril dans le vagin d’une femme, ou dans le cul d’un homme.

Un jeune homme qui venait la lance en arrêt pour te crever l’œil.

D’Ablancourt.

Crever l’œil au diable

(Delvau, 1867) : v. a. Réussir malgré les envieux, faire du bien malgré les ingrats, — dans le même argot [du peuple].

(La Rue, 1894) : Réussir malgré les envieux.

Doigt dans l’œil (se fourrer le)

(Larchey, 1865) : S’abuser, ne pas bien voir les choses. Le nom de la cause est donné à l’effet.

Il s’est un peu fourré le doigt dans l’œil, le brave garçon.

De Goncourt.

Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude : Se faire de grandes illusions.

(Rigaud, 1881) : Se tromper. — Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude, se tromper grossièrement, s’abuser au dernier point. — Faire partie de la société du doigt dans l’œil, s’illusionner sur son propre compte.

(Virmaître, 1894) : Prendre ses désirs pour la réalité, croire que s’est arrivé. S’imaginer être aimé pour soi-même. Se figurer avoir du talent (Argot du peuple).

Doigt dans l’œil (se mettre le)

(Rossignol, 1901) : Se tromper.

Je croyais vous connaître, je nie suis mis le doigt dans l’œil. — Je pensais que vous auriez fait mon affaire, je me suis mis le doigt dans l’œil.

Donner dans l’œil

(Delvau, 1867) : v. n. Plaire, — dans l’argot des petites dames, qui l’emploient aussi bien à propos des gens que des choses dont elles ont envie. Les faubouriens disent : Taper dans l’œil. C’est plus expressif, — parce que c’est plus brutal. Molière a employé Donner dans la vue avec la même signification, j’ai trouvé dans le Tempérament, tragédie parade de 1755 : Il m’a donné dans l’œil, employé dans le même sens.

Donner dans l’œil à un homme ou à une femme

(Delvau, 1864) : Donner envie à un homme de coucher avec une femme, ou à une femme de coucher avec un homme.

Il m’a dit que votre chienne de mine lui avait donné dans l’œil.

La Popelinière.

Donner de l’œil dans la perspective

(Rigaud, 1881) : Avoir l’œil au guet, — dans le jargon des truqueurs.

En ce moment arrivent deux agents, que les associés de Mi-chon n’avaient pas vus, bien que donnant de l’œil dans la perspective.

(Paris-Vivant, le Truqueur, 1858.)

Dormir d’un œil

(Virmaître, 1894) : Faire semblant de dormir, avoir l’œil ouvert et l’oreille aux aguets. Le prévenu enfermé dans sa cellule avec un mouton ne dort que d’un œil pour ne pas, pendant son sommeil, laisser échapper des révélations. On dit aussi dormir en gendarme (être en éveil) (Argot du peuple).

Faire à l’œil

(Rossignol, 1901) : À crédit.

Faire de l’œil

(Delvau, 1864) : Provoquer un passant, par un coup d’œil, à monter tirer un coup de cul.

Aussi, je le dis sans orgueil,
Le beau sexe me fait de l’œil.

Jules Moineaux.

(Rossignol, 1901) : On fait de l’œil à une femme pour tâcher de la posséder.

Faire l’œil de carpe

(Delvau, 1864) : Jouer de la prunelle d’un air langoureux, pour allumer, soit les hommes quand on est femme, soit les femmes quand on est homme.

Un petit coup d’épée à porter en écharpe,
De quoi traîner la jambe et faire l’œil de carpe.

E. Augier.

(Delvau, 1867) : Rouler les yeux de façon à n’en montrer que le blanc, — dans l’argot des petites dames, qui croient ainsi donner fort à penser aux hommes.

Faiseur d’œil

(Delvau, 1867) : s. m. Lovelace qui jette l’hameçon de son regard amorcé d’amour sur toutes les femmes qu’il suppose appelées à y mordre. L’expression est de Nestor Roqueplan.

Fourrer le doigt dans l’œil (se)

(Delvau, 1867) : S’illusionner, se faire une fausse idée des choses, des hommes et des femmes. Argot des faubouriens. Superlativement, ils disent aussi Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Les faubouriens qui tiennent à se rapprocher de la bonne compagnie par le langage disent, eux ; Se mettre le doigt dans l’œil.

Marécageux (œil)

(Larchey, 1865) : Œil voluptueux, à demi-noyé de langueur.

Mais que tu danses bien la galope, Avec ton œil marécageux.

Chans. populaire.

Mon œil !

(Delvau, 1867) : Exclamation ironique et dédaigneuse de l’argot des faubouriens, qui l’emploient soit comme formule de refus, soit comme inarque d’incrédulité.

Œil

(d’Hautel, 1808) : Taper de l’œil. Se laisser aller au sommeil ; dormir profondément.
Retaper de l’œil. Redormir après un sommeil interrompu ; dormir de plus belle.
Tortiller de l’œil. Finir, ses jours ; mourir, s’endormir dans l’éternité.
Elle lui a donné dans l’œil. Se dit d’une femme qui a su plaire à un homme, qui a gagné son cœur.
Pas plus que dans mon œil. Pour dire point du tout.
Cela n’est pas pour tes beaux yeux. Signifie, ce n’est pas pour toi ; n’y compte pas.
L’œil du fermier vaut fumier. Pour dire que tout fructifie sous l’œil du maître.
Autant vous en pend à l’œil. Pour, il peut vous en arriver tout autant.
Une mouche qui lui passe devant les yeux, le fait changer d’avis. Se dit d’un homme inconstant et léger, qui change à chaque instant d’avis.
Cette chose lui crêve les yeux. Pour dire est ostensible, très-évidente.
Quand on a mal aux yeux, il n’y faut toucher que du coude. Pour, il n’y faut point toucher du tout.
Des yeux de chat. De petits yeux hypocrites.
Des yeux de cochon. Des yeux petits et renfoncés.
Des yeux de bœufs. De gros yeux très-saillans et fort bêtes.
Le peuple désigne ordinairement et par facétie le pluriel de ce monosyllabe par le nom de la première lettre qui le compose, et dit des II (grecs) pour des yeux.

(Larchey, 1865) : Crédit. — Noté comme terme d’argot dans le Dictionnaire du Cartouche de Grandval, 1827.

Je vous offre le vin blanc chez Toitot ; — j’ai l’œil.

Chenu.

La mère Bricherie n’entend pas raillerie à l’article du crédit. Plutôt que de faire deux sous d’œil, elle préférerait, etc.

Privat d’Anglemont.

En m’achetant à l’œil, ma plus belle marée.

Ricard.

Ouvrir l’œil : Accorder du crédit.

La fruitière n’a jamais voulu ouvrir d’œil : elle dit qu’elle a déjà perdu avec des artistes.

Champfleury.

Fermer l’œil : Ne plus vouloir accorder de crédit. — Donner dans l’œil : Plaire, fasciner.

Ma personne avait peine à te donner dans l’œil.

Le Rapatriage, dix-huitième siècle.

Avoir de l’œil, Tirer l’œil : Produire de l’effet. — Terme d’impression. On dit aussi en parlant d’un tableau à effet qu’il a de l’œil.

La chose a de l’œil. C’est léger, mais c’est trop léger.

A. Scholl.

Aux provinciaux que l’œil de son ouvrage a attirés chez lui.

P. Borel.

Faire l’œil :

Le faiseur d’œil n’a pas de prétention positive. Il promène sur toutes les femmes son regard de vautour amoureux ; il a toujours l’air d’un Européen lâché au milieu d’un sérail… Pourtant aucune femme n’est le point de mire de cette fusillade de regards. C’est au sexe entier qu’il en veut. Il fait l’œil, et voilà tout.

Roqueplan.

V. Américain. — Ouvrir l’œil : Sur veiller attentivement. — Se battre l’œil, la paupière : Se moquer.

Gilles. Ah ! fussiez-vous elle ! — Isabelle. Ton maître s’en bat l’œil.

le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle.

Que Condé soit trompé par le duc d’Anjou, je m’en bats l’œil !

A. Dumas.

Mon œil ! Synonyme de Des fadeurs ! Des navets ! V. ces mots.

Quand le démonstrateur expose la formation des bancs de charbon de terre, mon voisin s’écrie avec un atticisme parfait : Oui ! mon œil ! Au système du soulèvement des montagnes, il répond triomphalement : « Oui ! Garibaldi ! »

E. Villetard.

Cette expression est typique. Dès qu’une chose est à la mode au point d’accaparer toutes les conversations, les Parisiens procèdent eux-mêmes contre leur engouement, et font de son objet une dénégation railleuse essentiellement variable. C’est ainsi qu’après les événements d’Italie, on a dit : Oui ! Garibaldi ! — Auparavant, on disait : Oui ! les lanciers ! parce que cette danse avait envahi les salons. — Taper de l’œil :

Dormir profondément.

d’Hautel, 1808.

Monsieur, faites pas tant de bruit, je vais taper de l’œil.

Vidal. 1833.

Si nous tapions de l’œil ? Ma foi ! j’ai sommeil.

L. Gozlan.

Tourner, tortiller de l’œil : Mourir. V. d’Hautel, 1808.

J’aime mieux tourner la salade que de tourner de l’œil.

Commerson.

J’voudrais ben m’en aller, dit le pot de terre en râlant. Bonsoir, voisin, tu peux tortiller de l’œil.

Thuillier, Ch.

Pas plus que dans mon œil. V. Braise. — Œil de verre : Lorgnon.

Ces mirliflors aux escarpins vernis, Aux yeux de verre.

Festeau.

Quart d’œil : Commissaire de police.

(Delvau, 1867) : s. m. Crédit, — dans l’argot des bohèmes. Avoir l’œil quelque part. Y trouver à boire et à manger sans bourse délier. Faire ou ouvrir un œil à quelqu’un. Lui faire crédit. Crever un œil. Se voir refuser la continuation d’un crédit. Fermer l’œil. Cesser de donner à crédit.
Quoique M. Charles Nisard s’en aille chercher jusqu’au Ier siècle de notre ère un mot grec « forgé par saint Paul » (chap. VII de l’Épître aux Éphésiens, et chap. III de l’Épître aux Colossiens), j’oserai croire que l’expression À l’œil — que ne rend pas du tout d’ailleurs l’όφθαλμοδουλεία de l’Apôtre des Gentils — est tout à fait moderne. Elle peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née, sous sa forme actuelle, il n’y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé par faire de l’œil aux dames de comptoir, qui ont fini par leur faire l’œil : une galanterie vaut bien un dîner, madame Grégoire le savait.

(Delvau, 1867) : s. m. Bon effet produit par une chose, bonne façon d’être d’une robe, d’un tableau, d’un paysage, etc. On dit : Cette chose a de l’œil.

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex, — dans l’argot des faubouriens facétieux. Crever l’œil à quelqu’un. Lui donner un coup de pied au derrière.

(Rigaud, 1881) : Crédit. — L’œil est crevé, plus de crédit. C’est-à-dire l’œil du crédit est crevé. Une vieille légende fait mourir Crédit d’un coup d’épée qu’il a reçu dans l’œil. Sur les anciennes images d’Épinal ou voit Crédit succombant à sa blessure et au-dessous cette devise : Crédit est mort, les mauvais payeurs lui ont crevé l’œil.

Œil (à l’)

(La Rue, 1894) : À crédit. Gratis.

(Hayard, 1907) : À crédit.

Œil (avoir à l’)

(anon., 1827) : Sans payer.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Partir sans payer.

(Bras-de-Fer, 1829) : Avoir sans payer.

Œil (avoir de l’)

(Rigaud, 1881) : Avoir bonne apparence, en parlant des choses ou des objets de consommation. — Cette étoffe a de l’œil. — Ce faisan rôti a de l’œil.

Œil (avoir l’)

(Halbert, 1849) : Sans payer.

(Delvau, 1867) : Faire bonne garde autour d’une personne ou une chose. On dit aussi Ouvrir l’œil.

(Rigaud, 1881) : Avoir crédit.

Ma bourse est en deuil,
Pour faire bombance
Bien heureux qu’a l’œil.

(J. Goizet, Bien heureux qu’a l’œil, Chans.)

Œil (donner dans l’)

(Rigaud, 1881) : Plaire à première vue, en parlant des personnes. — Avoir envie de, en parlant des choses. Cette femme m’a donné dans l’œil. — Cette bague lui a donné dans l’œil.

Œil (faire de l’)

(Delvau, 1867) : Donner à penser des choses fort agréables aux hommes, — dans l’argot des petites dames ; regarder langoureusement ou libertinement les femmes, dans l’argot des gandins.

(Rigaud, 1881) : Jouer de la prunelle comme les Espagnoles jouent de l’éventail.

(La Rue, 1894) : Chercher à séduire par des œillades. Taper de l’œil, dormir. Mon œil ! formule négative. Se battre l’œil, se moquer.

(Virmaître, 1894) : Les filles font de l’œil aux passants qu’elles veulent raccrocher :


Ses deux beaux chasses vous rembroquaient
Puis à la piaule tous les gonces rappliquaient.

dit la chanson du marlou (Argot des filles).

Œil (faire l’)

(Rigaud, 1881) : Vendre à crédit.

Elle préférerait faire crier par les rues toutes ses cuites à sa fille que de faire deux sous d’œil.

(Privat d’Anglemont.)

(Virmaître, 1894) : Avoir à crédit chez les fournisseurs. Dans le peuple, quand on oublie de payer, le fournisseur refuse crédit ; alors on dit que l’œil est crevé (Argot du peuple).

Œil (faiseur d’)

(Rigaud, 1881) : Homme qui cherche à séduire une femme au moyen d’œillades incendiaires.

Le faiseur d’œil n’a pas de prétention positive et précise. Il promène sur toutes les femmes son regard de vautour amoureux, ses yeux sont illuminés d’un feu de charbon de terre ; il a toujours l’air d’un Européen lâché dans un sérail ; sa prunelle s’abaisse, se relève comme le soufflet d’un accordéon.

(N. Roqueplan, la Vie de Paris.)

Œil (mon)

(Rigaud, 1881) : Variante de :

Des navets ! des nèfles ! du flan !

Œil (s’en battre l’)

(Rigaud, 1881) : S’en moquer. Voir une chose, entendre une proposition avec indifférence. — Je m’en bats l’œil, ça m’est bien égal. On dit aussi : s’en battre la paupière.

Œil (tape à l’)

(Rigaud, 1881) : Personne dont la paupière paralysée est complétement fermée.

Œil (taper de l’)

(Rigaud, 1881) : Dormir. — Tourner de l’œil, mourir.

Œil (tire l’)

(Rigaud, 1881) : Objet qui attire l’attention, mais qui n’a pas une grande valeur. — Clinquant.

Œil à la coque

(Virmaître, 1894) : Recovoir sur l’œil un formidalde coup de poing qui le poche et en fait un œil au beurre noir. La violence du coup fait extravaser le sang et le lendemain, l’œil est couvert par une large tâche noire. On appelle alors le blessé : tape à l’œil (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Œil poché.

Œil américain (avoir l’)

(Delvau, 1867) : Voir très clair là où les autres voient trouble, — dans l’argot du peuple, qui a peut-être voulu faire allusion aux romans de Cooper et rappeler les excellents yeux de Bas-de-Cuir, qui aurait vu l’herbe pousser.

Œil bordé d’anchois

(Delvau, 1867) : s. m. Aux paupières rouges et décillées, — dans l’argot des faubouriens.

Œil d’occase

(Rigaud, 1881) : Œil de verre.

Œil de bœuf

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce de cinq francs.

(Rigaud, 1881) : Pièce de cinq francs, — dans l’ancien argot.

Œil de cochon (faire l’œil de cochon en décomposant)

(Merlin, 1888) : Jouer de la prunelle en fin roublard.

Œil de merlan frit

(Larchey, 1865) : Œil pâmé.

Enfin cet homme de brelan à les yeux faits comme un merlan.

Troisième Suite du Parlement burlesque de Pontoise, 1652.

Œil de perdrix

(Clémens, 1840) : Pièce de 20 francs.

Œil de verre

(Delvau, 1867) : s. m. Lorgnon.

(Rigaud, 1881) : Monocle.

Œil en coulisse

(Delvau, 1867) : s. m. Regard tendre et provocateur, — ce que Sénèque appelle en son langage sévère oculorum fluxus. Faire les yeux en coulisse. Regarder amoureusement quelqu’un.

(Rigaud, 1881) : Œil amoureux, dont la prunelle va tantôt à droite, tantôt à gauche, mais toujours dans la direction de l’objet convoité, soit qu’il s’agisse, pour les hommes, d’une jolie femme, soit qu’il s’agisse, pour les femmes, d’un bijou de prix.

(La Rue, 1894) : Regard tendre et provocateur.

(Virmaître, 1894) : Regarder quelqu’un amoureusement, tendrement, avoir l’air de lui dire :
— Veux-tu ?
Faire le genou à sa voisine sous la table, est aussi significatif et beaucoup moins visible, surtout si le mari est là (Argot du peuple).

Œil en tirelire

(Delvau, 1867) : s. m. Regard chargé d’amour, provocateur, à demi clos.

Œil marécageux

(Delvau, 1867) : s. m. Regard langoureux, voluptueux, — dans l’argot des petites dames.

Œil qui dit merde à l’autre

(Rigaud, 1881) : Œil affecté de strabisme.

(Virmaître, 1894) : Deux yeux qui ne vivent pas en bonne intelligence, qui se regardent en chiens de faïence (Argot du peuple). V. Guigne à gauche.

Œil, du cheveu et de la dent (avoir de l’)

(Rigaud, 1881) : Être encore bien, être d’une beauté très suffisante, en parlant d’une femme. Elle a de l’œil, du cheveu et de la dent, les trois beautés théologales.

Œillade américaine

(Delvau, 1864) : Coup d’œil égrillard, que lance une femme à l’homme qu’elle veut allumer, et qui promet ordinairement plus de beurre que de pain.

L’œillade américaine est grosse de promesses : elle promet l’or du Pérou, elle promet un cœur non moins vierge que les forêts vierges de l’Amérique, elle promet une ardeur amoureuse de soixante degrés Réaumur.

Édouard Lemoine.

Ouvrir l’œil et le bon

(Rigaud, 1881) : Surveiller avec soin ; faire bien attention à ne pas être trompé. On disait jadis : Avoir l’œil au bois.

Pisser de l’œil

(Virmaître, 1894) : Pleurer.
— Depuis que mon homme a foutu le camp, je pisse de l’œil comme une fontaine Wallace (Argot du peuple). N.

Poche-œil

(Delvau, 1867) : s. m. Coup de poing appliqué sur l’œil, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Pochon.

Pochon, poche-œil

(La Rue, 1894) : Contusion à l’œil.

Quart d’œil

(Larchey, 1865) : Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

Balzac.

Comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, nous y voyons plutôt une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires dite cardeuil. V. Fr. Michel. — V. Parrain.

(Rigaud, 1881) : Surnom attribué autrefois par les voleurs au commissaire de police. Aujourd’hui les voyous et leurs modèles les voleurs donnent indistinctement ce nom aux commissaires de police et aux sergents de ville. Un étymologiste de la petite Roquette que nous avons consulté nous a affirmé que ce sobriquet leur avait été inspiré par les allures de ces agents de l’autorité, qui les guettent en tapinois et ne montrent que le quart de l’œil.

(Virmaître, 1894) : Commissaire de police (Argot du peuple). V. Moissonneur.

(Rossignol, 1901) : Commissaire de police.

Quart-d’œil

(anon., 1827) : Commissaire.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Commissaire.

(Bras-de-Fer, 1829) : Commissaire.

(Halbert, 1849) : Commissaire de police.

(Delvau, 1867) : s. m. Commissaire de police, — dans l’argot des faubouriens. Se dit aussi de l’habit noir de ce fonctionnaire.

(La Rue, 1894) : Le commissaire. Agent de police.

Quart, ou Quart d’œil

(Hayard, 1907) : Commissaire de police.

Rayon sur l’œil

(Rigaud, 1881) : Marque sur l’œil d’un maître coup de poing. C’est le rayon des trente-six chandelles.

Rincer l’œil (se)

(Fustier, 1889) : Regarder complaisamment quelque chose ou quelqu’un.

Depuis notre arrivée, vous n’avez cessé de vous rincer l’œil de toutes ces créatures éhontées…

(Chavette.)

S’en battre l’œil

(Rossignol, 1901) : S’en moquer.

Tu as fait cela sans me demander conseil, s’il t’arrive des ennuis, je m’en bats l’œil.

Se mettre le doigt dans l’œil

(Rossignol, 1901) : Se tromper.

Société du doigt dans l’œil

(Delvau, 1867) : s. f. Association pour rire, formée par Nadar, dans laquelle on enrégimente à leur insu les gens qui « se fourrent le doigt dans l’œil ».


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